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Le shaputuan

Pier-Luc Lussier

À Fermont, nous avons rencontré Fred Mackenzie et son groupe. Ils avaient le projet de monter un shaputuan, une tente innue traditionnelle. L’expression « shaputuan» signifie «une tente conique à deux portes» (1). Cette tente allait leur servir pour établir un lieu de rencontre pour partager sur la culture innue. Le shaputuan est d’ailleurs aussi l’habitat hivernal de la culture innue et était utilisé par les communautés lorsqu’ils retournaient chasser dans le territoire durant la saison froide. La grandeur de la tente varie en fonction des besoins et des ressources disponibles. Traditionnellement recouverte de peaux, les Innus ont passé depuis longtemps à la toile de coton. Ce jour-là, nous avons eu la chance de voir les différentes étapes pour construire un shaputuan.

 

Pour commencer, il faut aplatir la neige à l’aide des raquettes sur la surface où on voudra y poser la tente. Il faut un endroit protégé du vent, près de l’eau et où il y a au moins un mètre de neige. On marche sur l’endroit jusqu’à ce qu’elle soit bien compactée et dans le cas présent, de manière à faire une forme ellipsoïdale. On trouve ensuite des épinettes d’un diamètre d’au moins 8 cm et de bonnes longueurs pour en faire des perches, des tshishtashkatshikana. On les ébranche à l’endroit où la neige est aplatie et cela deviendra une partie du sol en sapinage.

 

On prend ensuite ces troncs d’arbres et on les plante au pourtour de la surface aplatie avec un angle approximatif de 75 à 80 degrés. Le shaputuan avait environ 12 troncs par côtés, séparés par un coude de distance (30 à 40 cm).

 

Il faut ensuite trouver trois épinettes qui possèdent un embranchement en Y. Elles serviront de colonnes pour soutenir une poutre centrale longitudinale. Dans notre cas, la poutre centrale était constituée de deux épinettes attachées avec de la corde.

 

La poutre centrale, le Tetauan, est fondamentale pour l’étape du nanatuaputasheu qui demande de la délicatesse. À la hauteur des yeux, on entaille chacune des épinettes latérales et on les casse une après l’autre pour les appuyer sur la poutre centrale. Ce moment est important et nécessite des conditions particulières. S’il fait trop froid, l’arbre risque de se casser et perdre le soutien au bas. Il faut conserver des fibres entre les deux parties. Lorsqu’on chauffera la tente, celles-ci se rigidifieront avec le nouvel angle.

 

On attache ensuite avec de la corde les points de contact avec la poutre et on coupe l'excédent. On plante des épinettes aux extrémités qu’on attache en haut aux branches appuyées sur la poutre centrale.

 

Pour installer les toiles latérales, on la fixe à l’aide d’agrafes et on l’appuie sur les perches latérales. À mesure que l’on avance, on y ajoute des pieux à l’intérieur qui s’appuie sur la toile, et on y ajoute de la neige à l’extérieur, pour tenir la toile et isoler le bas. Les pieux servent de supports à la toile pour résister à la pression de la neige. Il est possible de mettre de la neige jusqu’à ce qu’on atteigne la hauteur des branches cassées.

 

On ajoute ensuite la toile sur le dessus que l’on fixe à des épinettes qu’on laisse tomber de chaque côté de la tente.

À l’intérieur de la tente, on termine le sapinage et on y plante quatre pieux verticaux à 20 cm du sol qui serviront à tenir le foyer. On installe la cheminée et on perce la toile du dessus pour évacuer la fumée. Il ne reste plus qu’à étendre des peaux sur le sol de sapinage et d’y allumer un feu.

Références

  1. Nametau innu : mémoire et connaissance du Nitassinan , Nameteau innu, consulté le 11/04/2018

  2. Histoire de l’architecture, Encyclopédie canadienne, consulté le 11/04/2018

Schéma représentant la stucture du shaputuan