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Le nouvel aéroport de Kuujjuaq

 

Sam Perrussel

L’aéroport de Kuujjuaq est désigné en tant que « remote airport » par le Canadian National Airports Policy, dû à sa capacité d’accueil et sa proximité avec un autre aéroport. Toutefois, il est vital pour les communautés de la ville étant le plus important des deux seuls moyens d’accès et de contact avec le monde extérieur (l’autre moyen étant par bateau, mais restant extrêmement limité). L’aéroport est grand de 145 ha et le terminal de 380 m² fut construit en 1972, et est distant de 1.5km avec la ville de Kuujjuaq, le centre administratif du Nunavik. Il comporte deux pistes d’atterrissage d’asphalte de 6 000 ft (1 830m) permettant l’atterrissage d’avions de taille moyenne. Cet aéroport remplit tous les besoins des habitants inuit et blancs de la ville, et en 2006, une extension fut nécessaire pour accueillir les passagers lors des pics de saisons de chasse et de pêche notamment. L’agence d’architecture Fournier, Gersovitz, Moss and Associates conçut un nouveau terminal inspiré des kayaks traditionnels inuit 3 fois plus grand que le précédent. Le Canadian LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) accompagna les designers lors de la conception du terminal afin de le certifier par la suite.

 

Lors de la phase de design, la forme de kayak fut utilisée par l’architecte Alain Fournier afin de tout en rappelant la culture inuit, rester fidèle à la forme plus traditionnelle des terminaux, longue et fine. Au centre du terminal s’ouvre un puits de lumière, rappelant alors le cockpit d’un kayak traditionnel (1), mais résonnant aussi avec la toiture intérieure du bâtiment composé de superposition de formes géométriques blanches. En dessous de ce puits de lumière se trouve l’espace central d’attente (2) se voulant capable de favoriser les interactions entre générations, mais aussi entre simples passagers par la disposition de ces espaces de repos et autres sièges pour personnes âgées ou femmes enceintes.

 

La structure extérieure métallique assure une stabilité de l’édifice face aux vents puissants, et un double sas d’entrée protège alors les usagers du froid en hiver. Le bâtiment est également conçu pour être « energy efficient » à l’aide de son système d’isolation et de son utilisation de la lumière naturelle. Un mur solaire est également présent sur les plans, assurant l’utilisation d’énergie par source renouvelable, mais aussi le chauffage de l’air de ventilation. Enfin, la ventilation lors des mois plus chauds de l’année est assurée par des fenêtres ouvrables, un toit réfléchissant, et des poteaux placés sur et autour de la structure, s’encrant profondément dans le sol gelé appelé « thermosyphons », permettent l’évacuation de la chaleur par le sol, donnant ainsi un système de refroidissement passif au bâtiment. Le résultat de ce design est une économie en matière de consommation d’eau (-30%) et d’énergie (-40%).

 

Ce projet est extrêmement bien pensé pour, et fonctionne très bien dans, son environnement froid nordique. Les solutions sociales, mais aussi environnementales sont très adaptées à l’environnement exigeant du Nord. Comment pourrions-nous alors nous inspirer de ce projet de l’agence de l’architecte Alain Fournier afin de procurer un tel équipement à d’autres villages nécessitant un moyen de ravitaillement et de contact avec l’extérieur plus efficace ?

Des idées telles que le double sas ou bien le mur solaire et l’utilisation abondante de lumière naturelle seront à prendre en compte lorsque l’on voudra concevoir un équipement semblable pour un environnement aussi froid que celui de Kuujjuaq.

 

Ce nouveau bâtiment remplace l’ancienne aérogare conçue par PGL et maintenant abandonnée.

 

L’aéroport n’est pas seulement un lieu de passage, en tout cas concernant un aéroport de cette taille, étant le principal lien avec le reste du Québec, cet espace devient alors un véritable lieu de rencontre, de retrouvailles, de rassemblement, de réunion entre amis et familles, un lieu communautaire et social assurant un développement des relations entre inuits et québécois, mais aussi au sein de la communauté elle-même. Nous avons nous-mêmes pu en être les témoins lors de notre arrivée à Kuujjuaq et l’accueil qui nous a été fait par nos conductrices, mais aussi lors de notre départ avec l’arrivée de membres de familles séparées se retrouvant enfin.

Références

  1. Kuujjuaq Airport Terminal Expansion, Quebec, Airport Technology, consulté le 11/04/2018

  2. Aérogare de Kuujjuaq, EVOQ ARCHITECTURE, consulté le 11/04/2018