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Le rapport des déchets à la topographie du territoire

Louise Malé-Mole

Fermont et Schefferville partagent une topographie particulière : les précipices, les creux créent l’excavation de leurs montagnes. Cette topographie négative est devenue dans les deux cas le lieu où l’homme remplace ce qu’il prend à la nature par ses déchets. Il remplace cette matière naturelle soustraite, par un produit artificiel créé par la civilisation. Ce processus, ce mécanisme de retour aux sources pourrait être associé à l’écosystème naturel, mais les déchets liés à l’activité humaine d’une ville comme Fermont (1) ou Schefferville ne viennent pas enrichir le sol, mais plutôt le dégrader.

 

Au cours de nos trois étapes, seule la ville de Schefferville, en partenariat avec les villages innus et naskapis de Matimekush et Kawawachikamach, propose depuis le mois d’octobre, la mise en place d’un écocentre qui permet un tri de certaines matières recyclables, devenant ainsi le premier écocentre non relié par la route(2).

 

À Kuujjuaq, les déchets sont également emmenés en dehors de la ville. Comme aucune cavité n’existe pour les accueillir, les déchets domestiques sont brûlés. En revanche, des matériaux réutilisables (non organiques) assez variés sont disposés, en fonction de leur composition (bois, métal…) pour former ce que les habitants nomment le « Canadian Tire ». Il s’agit ni plus ni moins d’une décharge à ciel ouvert à l’intérieur de laquelle on peut circuler librement. Les différents types de matériaux sont indiqués par des panneaux, il existe une véritable circulation, des routes qui sillonnent le terrain parmi les différents matériaux. L’amas de ces formes créée un vallonnement que l’on peut presque comparer à la topographie et l’organisation du territoire de Kuujjuaq : peu de routes, qui ne rejoignent aucune autre ville ou village, et une topographie légèrement vallonnée que l’homme s’est appropriés en posant des maisons sans fondations.

Ce constat pose avant tout la question de la consommation matérielle dans les régions nordiques éloignées. Car si l’acheminement des biens de consommation et de matière première est relativement bien organisé, la fin de vie des objets, leur traitement, l’éventuel retour vers le sud n’est pas suffisamment anticipé (3). Les déchets sont-ils plus visibles au Nord ? Quelles sont les alternatives liées à leur traitement dans les régions reculées ? Audry Sanschagrin apporte plusieurs éléments de réponse dans son mémoire “La question des déchets dans les communautés inuites du Nord-du-Québec : analyse et réflexions”. Cette réflexion complexe soulève plusieurs problématiques. De nombreux travaux pourraient ainsi être menés pour repenser la mise en place du recyclage et de l’emplacement des dépotoirs, concevoir l’installation d’incinérateurs et générateurs d’énergie thermique, imaginer des aménagements pour appréhender la présence d’animaux sur ces sites, trouver des alternatives au transport de marchandises unidirectionnelles et au-delà réduire la surconsommation matérielle…