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La mine de fer du mont Wright

David Allard Martin

La mine de fer opérée par ArcelorMittal à Fermont est l’une des plus grandes mines à ciel ouvert du Canada. Une visite de celle-ci s’imposait afin de comprendre ce qui a mené la Compagnie minière Québec Cartier à fonder la Ville de Fermont dans les années 70.

Accompagnés d’une guide, nous avons visité par autobus le site minier ainsi que les infrastructures de transformation (1).


Le contraste entre le territoire et la mine est hallucinant. La mine est une gigantesque machine assez puissante pour concasser une montagne. Ce moteur tourne 24 heures par jour, 365 jours par année. Rien ne l’arrête. D’ailleurs, pour nous faire comprendre l’échelle de l’endroit, la visite est ponctuée de statistiques et de chiffres qui nous font comprendre l’ampleur du travail et des investissements entrepris pour rendre le site opérationnel (2).

Références

  1. Visite du site minier, le 18/03/2018

  2. Les sites miniers (Mont Wright et Fire Lake), ArcelorMittal, consulté le 6/04/2018

  3. Kelly Nelson Doran wins the Prix de Rome in Architecture for Emerging Practitioners, Gouvernement du Canada, consulté le 12/04/2018

La visite commence par un tour d’autobus du site. On nous amène à un observatoire aménagé au-dessus de la fosse du mont Wright (qui n’est plus un mont, mais bien un trou). À des dizaines de mètres plus bas, une immense pelle remplit en quelques pelletées des camions pesants plusieurs centaines de tonnes. Plus loin, des foreuses s’attardent à préparer le dynamitage du lendemain.

La guide nous amène par la suite au garage où nous prenons quelques minutes à parler mécanique avec le personnel chargé de la maintenance en continu des équipements. L’échelle des engins et la hauteur du garage sont surdimensionnées, nous réduisant à des fourmis dans cet univers de métal. Toutes les opérations de maintenance doivent être effectuées à l’aide de machines spécialisées, car les pièces qui constituent les camions sont grosses. Les mécaniciens sont plutôt des opérateurs de machineries techniques servant à réaliser la maintenance sur de plus grosses machines.

En remontant dans le bus, la guide nous explique que les camions acheminent la roche à concasseur, où celle-ci est réduite en plus petits morceaux (toujours immense pour un être humain). Par la suite, des convoyeurs acheminent la roche concassée à l’un des six broyeurs du site. Enfilant masque, lunettes, bouchons à oreille et casque, nous entrons dans l’un des bâtiments “broyeurs”. Le broyeur est en fait un gigantesque tambour rotatif en métal faisant plusieurs dizaines de mètres de diamètre. La roche est broyée par rotation. La poudre qui en ressort est tamisée. Les bouts encore trop gros pour passer au travers des tamis retournent au broyeur.

C’est le cœur de la machine. À moins qu’un bris ne survienne ou qu’un entretien ne soit planifié, les broyeurs tournent 24 heures par jour, 365 jours par année, produisant plusieurs millions de tonnes de minerai de fer par année.

 

Le tour de la mine se conclut par une visite de l’équipement qui sépare le minerai de fer de la silice avec laquelle il est encore mélangé. Le mélange qui voyage avec de l’eau dans les installations est séparé par gravité. En faisant glisser de petites quantités du mélange dans des spirales, le fer se sépare de la silice puisque les deux minéraux n’ont pas la même densité. L’opération est strictement physique en s’effectuant par gravité et par effets centrifuges.

La mine, c’est le moteur de la région ; le minerai de fer, son carburant. La mine c’est aussi une immense crevasse dans le paysage, un trou mondial dans le territoire. Suite à la visite, plusieurs questionnements ont émergé parmi nous. Qu’arrive-t-il si le prix du fer chute?  Qu’en est-il de l’après-mine?

 

Même si les compagnies minières sont obligées par la loi de démanteler leurs infrastructures et de décontaminer certains sites, il reste que le territoire sera toujours marqué par l’empreinte de la mine. Comment le paysage peut-il être transformé suite à l’extraction de minerai? Comment les infrastructures peuvent-elles être réutilisées? Certains architectes comme Kelly Nelson-Doran (3), gagnant du Prix de Rome en architecture en 2009, s’intéressent à la reconversion durable des sites d’exploitation naturelle. Ces questions complexes qui entremêlent design, paysage et économie sont fascinantes.