© 2019 par lab N360

Culture alimentaire innue par Lucien Mackenzie

 

Jacob Éthier

« Il y a des choses de notre âge, aussi, que l’on a comme tendance à ignorer, on a oublié des affaires, comme les oreilles de caribou ça se mange, le museau, le nerf, la langue, l’œil de caribou, la vessie était comme nettoyée et c’est là qu’ils gardaient un peu laa… c’était propre, le placenta aussi c’était propre, ils mettaient du sang et le sang servait de bouillon pour guérir la grippe, le rhume. Le sang de caribou c’était bon, c’était fort. »

 

 

Question : « Les gens ne savent plus cuisiner cette partie-là? »

 

 

« Surtout les jeunes! Quand on dit 60 caribous, on en distribuait 3-4 par maison au lieu de 1 caribou par maison parce que beaucoup des jeunes… et on retrouve souvent des parties du caribou au dépotoir. Comme la colonne vertébrale, on aime ça faire de la soupe avec et grignoter un peu, les genoux aussi, les tibias. Tout est conservé. Tandis que dans les boucheries des pourvoyeurs c’est seulement les fesses et la tête… » (Coup de vent couvre ce que Lucien dit)

 

 

Question : « C’est quelle partie qu’on a mangée tantôt? »

 

 

« La cuisse. Il y a la cuisse, le faux filet, l’épaule, il y a le bassin aussi beaucoup pour faire des tartes. Puis, les côtes aussi c’est très bon pour faire bouillir. Aussi, pour la chasse à l’outarde, les ailes là moi je les garde. Je fais des ailes BBQ avec. On en mange une quinzaine. Ça surprend les amis! C’est long de même! (distance entre ses doigts de 20 cm environ.) Il y a de la viande là-dessus! Puis, les tripes d’outardes aussi ça se mange, ça guérit aussi le métabolisme. Une chose que j’ai trouvé drôle dans le temps où il y avait des pourvoiries, ma grand-tante et ma tante, on est allé à la boucherie. On allait souvent cueillir les tibias et les fémurs. Il y avait un genre de grand bac, poubelle verte devant la porte du boucher. Il y avait des Américains qui attendaient leur viande aussi. Toute bien placée dans des boîtes pour pouvoir partir facilement à l’aéroport, mais là quand on est arrivé, on est allé vérifier le boucher « as-tu des os? » pour faire la graisse du caribou puis les Américains dehors se sont dit « ils viennent manger dans les poubelles du boucher ». Ils savent pas. C’est ça des fois l’ignorance. Avec les ours on casse les os, on extrait la moelle épinière, on met ça à part. On fait bouillir les os, il y a une graisse qui va au-dessus, on le mélange avec la moelle épinière. Ça fait une genre de graisse qui est consommée dans les rituels, les évènements spéciaux et il y a les aînés qui ont le privilège d’y goûter en premier. Ça se mange à l’intérieur, ça ne se mange pas dehors. Dans les cérémonies, les vieux en mettaient un peu, ils s’enduisent de « brillantine » (graisse brillante)… (incompréhensible à cause du crépitement du feu dans le foyer). »

 

 

« Le grand maître du manitou, le grand maître du caribou, ils le surnomment Canipine Casouvo (le nom qui est perceptible dans la vidéo, mais dans les recherches, on retrouve davantage le nom de Tekkeitsertok), c’est le maître des caribous. Il est parmi les troupeaux, on ne le voit jamais, il peut prendre aussi un humain qui chasse trop le caribou. Il est arrivé, au moins une fois par équinoxe pfouf! Il peut le prendre. L’homme disparaît. C’est de même. C’est le songe qui faisait que les esprits se communiquaient. Je vois ça dans tout ce que je vous conte, ça vient aussi des histoires de ma mère. Ma mère aussi, on essaie de diffuser ça chez les jeunes, mais on a tendance à remarquer et à écouter les livres d’histoire canadienne qu’on enseigne à l’école. Jamais leur culture. »

Un grand remerciement à Lucien Mackenzie et à Jean-Baptiste Laurent pour cette aventure hors du temps où seuls l’instant présent et vos sages paroles comptaient.

Enregistrement vidéo dans la tente inuit de Jean-Baptiste Laurent sur un plancher de sapinage, autour d’un feu de foyer et d’un thé avec au menu de la truite grise fraîche. Le campement se trouve sur un petit promontoire naturel autour d’un grand lac à environ 15 km à l’extérieur de Schefferville dans la nature paisible, le doux soleil et la brise. Lucien Mackenzie est chargé de projet pour le développement économique du Conseil de la Nation innue Matimekush-Lac-John.