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Surprise de fin de soirée à l’Auberge Kuujjuaq

David Allard Martin

Nous nous rendons à la Commission scolaire de Kativik vers 8 h 30 pour rencontrer une vingtaine d’éducatrices en garderie provenant des quatre coins du Nunavik. Organisée par l’Association régionale Kativik, la rencontre nous aura permis de remettre 19 exemplaires du jeu Sanannguagait.


Parallèlement à cette rencontre qui durera tout le matin, quelques-uns d’entre nous se dirigent à l’école primaire Pitakallak pour y installer notre exposition itinérante sur le design circumpolaire. Parler de design avec des enfants âgés de 6 à 8 ans, c’est du sport.

En milieu d’après-midi, l’ensemble de notre groupe converge vers le forum de Kuujjuaq pour y installer l’exposition à 15 h. Nous profitons de la vente de cartes pour le bingo radiodiffusé (événement majeur à Kuujjuaq) qui y fait converger beaucoup de personnes pour en accrocher quelques-unes et discuter de design nordique avec elles.  Vers 19 h, nous remballons le tout et repartons en direction de l’hôtel.

 

Cette journée fut la convergence de plusieurs projets à la fois. Dix-neuf Sanannguagait ont été remis aux éducatrices, les organisatrices de la rencontre provenant de l’Administration régionale Kativik étaient ravies, l’exposition s’est produite à deux endroits différents et elle aura permis de rencontrer plusieurs jeunes et moins jeunes de Kuujjuaq. Mission accomplie. Nous méritions tous une bière, même si elle coûte deux fois plus cher qu’à Montréal.

Nous nous installons donc au bar de l’Auberge Kuujjuaq et commandons quelques pichets. Lorsque la soirée se termine un peu avant minuit, le barman nous indique qu’il n’y a plus d’eau dans l’hôtel. OK.

 

Pas d’eau à 23 h = on ne peut pas aller acheter de l’eau à l’épicerie ; on ne peut pas boire d’eau même si l’on a la bouche sèche ; on ne peut pas prendre une douche même si l’on est un peu collant (il fait souvent en haut de 23 degrés Celsius à l’intérieur au Nunavik à cause des chaudières au mazout) ; on ne peut pas tirer la chasse d’eau des toilettes. C’est problématique. Surtout lorsqu’on dort à trois ou quatre personnes par chambre et deux personnes par lit.

Le barman tente de nous rassurer en nous mentionnant que l’eau devrait revenir en début de matin. Encourageant. Tout le monde se couche en espérant que ça revienne vite. Le lendemain matin, toujours pas d’eau. L’aubergiste nous explique qu’en fait, il y a de l’eau dans le réservoir. C’est le réservoir d’eaux usées qui est plein et empêche la consommation d’eau.

 

Le réservoir d’eaux usées sera vidé par un camion avant midi. Cette expérience inattendue nous a fait réaliser la précarité du système d’habitation au Nunavik. Nous étions bien au courant de ce genre de problématique, mais nous n’avions jamais même considéré que cela pourrait se produire dans un hôtel à plus de 250 $/nuit/chambre. Imaginons ce qui se produit lorsqu’un bâtiment résidentiel dans lequel s’entasse une famille de dix personnes étalées sur trois générations manque d’eau en soirée, et que le service technique est fermé. La situation devient rapidement problématique dans le contexte d’une crise de logements.

 

Bref, nous avons réalisé que ce genre d’épisode fait partie du quotidien des gens au Nunavik et que personne n’est à l’abri d’un manque d’eau, pas même les écoles, les cliniques de santé ou les bureaux.