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Les réseaux autonomes d'Hydro-Québec

David Allard Martin

98% de l’électricité produite par Hydro-Québec provient de barrages hydroélectriques (1). La presque totalité des bâtiments du Québec est donc connectée au réseau de distribution de la société d’état, alimenté lui-même par 62 centrales. L’hydroélectricité est produite en majorité par des barrages dans le Nord-du-Québec et parcourt des milliers de kilomètres par voies aériennes pour alimenter en énergie les bâtiments au sud.

Le 2% restant est produit grâce à 24 centrales thermiques et 1 parc éolien (1). En effet, le réseau de distribution principal d’Hydro-Québec ne couvre pas l’entièreté de la province. Le territoire québécois est beaucoup trop vaste et la densité de population est parfois trop faible pour étendre le réseau principal dans toutes les régions. C’est le cas du Nunavik, qui est isolé du sud du Québec par plus d’un millier de kilomètres.


Afin de remplir ses engagements suite à la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, Hydro-Québec a construit des centrales thermiques dans chacun des villages de la région, créant ainsi de petits réseaux autonomes (2). Il en va de même dans d’autres régions éloignées du Québec, comme aux iles de la Madeleine (3).

La nouvelle centrale de Kuujjuaq a vu le jour en décembre 2010. Comme les autres centrales du Nunavik, celle-ci est équipée d’alternateurs qui fonctionnent grâce à des moteurs diesel. Ceux-ci s’apparentent à des moteurs de train ou de navire. Pour fournir l’électricité au village de plus de 2000 personnes, cinq moteurs sont nécessaires. Ensemble, ils peuvent générer jusqu’à 6,6 MW4.

Il faut noter que la majorité des bâtiments sont chauffés par des chaudières individuelles au mazout. Trois moteurs pourront être ajoutés dans le futur afin que la centrale puisse suivre la croissance projetée de la communauté. Le système a été conçu pour récupérer la chaleur des moteurs et l’utiliser pour chauffer le bâtiment principal, limitant ainsi la consommation de carburant (4).

Une étude économique réalisée préalablement à la construction de cette nouvelle centrale avait révélé que les coûts de construction et d’opération d’une centrale au diesel étaient plus abordables que de connecter Kuujjuaq au réseau principal d’Hydro-Québec. Selon l’étude, la construction des 450 kilomètres de ligne nécessaire aurait coûté environ 340 millions de dollars alors que la construction de la centrale thermique a coûté 48 millions de dollars (4).

Même en intégrant les coûts d’achats de crédit de carbone au projet, la centrale au diesel coûtait moins cher que la construction d’un projet alimenté par une source d’énergie plus propre. [énergie éolienne kuujjuaq Catherine Dubois 2018.jpg] L’énergie éolienne et l’énergie solaire ont été considérées, mais puisqu’elles sont des sources moins fiables de production, une centrale thermique devait tout de même être construite pour assurer une production en continu (4).

Les réseaux autonomes sont donc dépendants des énergies fossiles et le seront probablement encore longtemps. La différence de coûts de construction des autres types de centrales ne peut être justifiée, car la population est trop dispersée sur le territoire. L’unique option économiquement viable est de coupler ces centrales au diesel avec d’autres systèmes productifs (ex. incinérateur à déchets) afin de miser sur des stratégies de réduction de la consommation de carburant.

Même si la centrale thermique reste la solution la moins dispendieuse, il n’est tout de même pas impossible de réfléchir à coupler ce système avec d’autres types de générateurs. En misant sur des stratégies de réduction de la consommation de combustibles fossiles, l’ajout de générateurs photovoltaïques ou éoliens pourrait devenir intéressant à long terme.

Références

  1. Profil de la division Hydro-Québec Production, Hydro-Québec, consulté le 5/04/2018

  2. Efficacité énergétique au Nunavik, Hydro-Québec, consulté le 4/04/2018

  3. Centrales thermiques, Hydro-Québec, consulté le 5/04/2018

  4. Kuujjuaq’s new diesel power plant officially opens Dec. 14, Nunatsiaq News, consulté le 5/04/2018

Carte interactive des infrastructures municipales de Kuujjuaq par David Allard Martin, 2018