© 2019 par lab N360

Entre deux eaux

 

Annabelle Daoust

Son et moi sommes partis nous balader, la veille de notre départ, sur les deux chemins de la ville qui s’avancent vers le Nord pour rejoindre le lac Stewart et réserve d’eau potable de Kuujjuaq.

Cependant, ces deux chemins sont très distincts. Nous avons qualifié le chemin le plus à l’est, le chemin Dog Teamer’s, de « touristique », et qui se prête aux loisirs : nous avons aperçu des enclos d’équipes de chiens de traîneau, un cycliste en fat bike, un joggeur (notre collègue, Jacob) ainsi qu’un adepte de ski parapente, sur le lac, sans oublier les baladeurs du dimanche en camionnette (et qui avancent tout doucement pour faire courir leur chien sur le chemin). Nous avons pu admirer des paysages magnifiques.

Puis il y a l’autre chemin, plus à l’ouest, le chemin du lac Stewart, qu’on pourrait qualifier de « pratico-pratique », où nous avons aperçu des installations industrielles et commerciales, et où se trouve la station de disposition des eaux usées de la ville. Suivez l’odeur, vous la trouverez! Même en mars, ça sent très mauvais. On ne peut que s’imaginer l’odeur générée à 30 °C, en plein été…

Le maire de Kuujjuaq, Tunu Napartuk, nous a expliqué que les eaux usées, pompées et transportées par camion-citerne, sont déversées dans des lagunes bétonnées, et qu’elles sont traitées par déshydratation. La chaleur de l’été transforme cette boue nauséabonde en matière solide. Le territoire du Nunavik, situé au nord du 55e parallèle et recouvert de pergélisol, ne permet pas l’infiltration des eaux usées ni la construction de canalisations sanitaires souterraines. (1) Depuis 1984, on a entrepris la construction d’étangs d’épuration. Ces lagunes à décantation doivent être vidées tous les 20 à 25 ans. (2) Les boues seraient ensuite acheminées vers des lieux d’élimination en milieu nordique (LEMN) pour y être traitées selon le mode gel‐dégel. (3)

Mais ce système de gestion des eaux usées, hormis les lagunes, requiert une infrastructure et des équipements coûteux : routes, garages, camions, sans oublier les coûts d’opération et d’entretien, que les villages assument d’ailleurs à 100 %. À Kuujjuaq, il en coûte 1,082,840 $ par an, soit près de ⅕ des coûts totaux de gestion des eaux usées encourus par les 14 villages du Nunavik. (4) Certains s’inquiètent, par ailleurs, des impacts environnementaux que peuvent comporter les eaux de ruissellement d’un tel système. En effet, « les eaux usées rejetées vont ainsi ruisseler sans infiltration jusqu’au point le plus bas : la mer. Il convient donc de bien déterminer l’endroit où l’on rejette les eaux usées afin entre autres de ne pas souiller les ressources en eau douce. » L’emplacement de ces zones par rapport à la réserve d’eau de surface devient capitale, puisque le développement des villes « dépend de la préservation de la qualité de leur approvisionnement en eau douce de surface, puisque par définition, il n’y a pas de nappes phréatiques ». (5)

Références

  1. Archives du mot-clé Grand Nord, Femmepaysage, consulté le 5/04/2018

  2. Plan de gestion des matières résiduelles du Nunavik  Kativik - KRG, consulté le 5/04/2018

  3. Gestion des matières résiduelles en territoire nordique, Gouvernement du Québec

  4. Plan de gestion des matières résiduelles du Nunavik  Kativik - KRG, consulté le 5/04/2018

  5. Archives du mot-clé Grand Nord, Femmepaysage, consulté le 5/04/2018