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Les deux visages de Fermont

Catherine Dubois

Lorsque j’aperçus Fermont pour la première fois, ce fut du côté nord de celle-ci. Vent, stationnements, automobiles, camions et vaste territoire à perte de vue, Fermont me parut comme partout et nulle part à la fois. Elle me sembla si grande et vaste, à l’échelle des immenses camions qui parcourent ses mines, à l’échelle disproportionnée d’un immense centre d’achat ou d’un développement conçu pour les déplacements en automobile.

Elle me sembla si distante, telle sa position dans le vaste territoire du Québec que nous parcourons présentement dans notre longue route vers Kuujjuaq. Fermont vue de la façade nord de son mur m’apparut comme inadaptée aux conditions climatiques de sa région et elle ne m’apparut pas comme une ville, mais bien comme un groupe de bâtiments un peu éparpillés et sans autres liens que l’immense boulevard qui permet leur accès.

C’est en traversant du côté sud de son immense mur que je découvris que Fermont avait deux visages. Lorsque j’empruntai la porte 33 pour la première fois, je découvris, de l’autre côté de ce grand mur-écran, un développement de maison en rangé appelé « Venelle ».(1) Ce quartier aux espaces extérieurs intimes, à échelle humaine et protégé du vent qui se présentait à moi me semblait assez réussi à plusieurs niveaux.

L’échelle que venaient créer ces « venelles » s’accotant au mur-écran sur leur côté nord, avec leurs petites rues étroites, leurs cours arrière enneigées et leurs entrées protégées, me semblaient être à l’échelle du piéton. L’échelle de ce Fermont changea mon opinion sur la ville que j’avais d’abord découverte de son côté nord. Elle semblait être mieux adaptée aux conditions difficiles dans lesquelles elle prend place et elle semblait être conçue pour l’humain et pour la communauté fermontoise qui occupe et vit ces espaces quotidiennement. D’un point de vue urbain, ces espaces extérieurs intimes et chaleureux me semblaient bien conçus, puisqu’ils venaient créer plusieurs sous-espaces protégés du vent et appropriables autant en été qu’en hiver. Les hauts bancs de neige qui étaient accumulés dans les cours arrière et au-devant des maisons ajoutaient à la beauté de ces espaces, puisqu’ils tentent d'accepter le climat plutôt que d’essayer sans cesse de se battre contre celui-ci. Les immenses bancs de neige reflétant la lumière faisaient partie du décor urbain et de l’architecture des petites « Venelles » colorées du quartier dans lequel la porte 33 m’a permis d’entrer. De ce côté du mur, c'est l’esprit d’une petite ville qui est présent, plutôt que celui d’un vaste territoire éloigné.

Le deuxième visage de Fermont, celui de sa ville, de ses habitations, de son mur au sud, m’a charmée et m’a permis de découvrir une ville du Québec unique en son genre qui met de l’avant des concepts de design et d’habitation nordique d’une façon assez remarquable. Fermont démontre des principes de design nordique développés un peu avant les années de sa construction par l’architecte Ralph Erskine, par exemple les notions de mur-écran que l’on retrouve à Fermont.(2) Bien que son mur ne protège pas l’entièreté de la ville, le quartier des « Venelles », composé de plusieurs lignes parallèles de maisons en rangées perpendiculaires au mur, est protégé du vent et aborde une échelle d’espaces intimes dans laquelle il est intéressant de circuler à pied. La proximité en hiver entre le mur et les petites maisons est accentuée par les énormes bancs de neige qu’on retrouve de chaque côté des rues et devant les bâtiments. Ceux-ci aident à la protection thermique des habitations, mais ils aident également à la création de l’échelle des rues, des passages et des entrées de maison. Le deuxième visage de Fermont permet de vivre plusieurs éléments proposés par les théories d’architecture nordique de Erskine qui ont été adaptées, interprétées et implantées d’une façon très intéressante par les architectes montréalais Norbert Schoenauer et Maurice Desnoyer qui eurent le mandat de concevoir la ville de Fermont. On peut également y ressentir la volonté des architectes de concevoir une ville à l’échelle du piéton dans laquelle les résidents pourraient se déplacer à pied, et ce, durant toutes les saisons y compris l’hiver. (3)  Le quartier des "venelles” de la ville de Fermont célèbre, à sa façon, le climat nordique dans lequel la ville est située.

Références

  1. Venelle, Définition - Wikipedia, consulté le 06/04/2018

  2. Erskine, Ralph, “The Sub-Arctic Habitat,” in Oscar Newman, ed.,CIAM ‘59 in Otterlo 

  3. Norbert Shoenauer - Town of Fermont, Mcgill university - Housing Archive, consulté le 06/04/2018