© 2019 par lab N360

Chauffer dehors

Annabelle Daoust

Dans les chambres de notre hôtel, le Kuujjuaq Inn, il faisait en moyenne 23,7 °C. Mes colocataires et moi avons convenu de garder la fenêtre ouverte, car il était impossible de régler le thermostat plus bas. Il s’est avéré que nous adoptions sans le savoir la pratique locale. En effet, les chaudières au mazout des demeures, des commerces et bâtiments institutionnels roulent à fond tout l’hiver; il n’est pas rare de voir les fenêtres ou les portes extérieures des maisons de la SHQ ouvertes.


Selon son guide de bonnes pratiques de Construction d’habitations au Nunavik, la SHQ précise à la section 4.3.5 que « le système de chauffage [au mazout] devrait être conçu pour ne pas produire plus de 100 % de la demande maximale calculée en fonction des paramètres de conception applicables » et que ces « systèmes de chauffage donnent leur meilleur rendement lorsqu’ils fonctionnent en régime permanent (en continu). » De plus, à la section 4.5.2, la SHQ explique que le système de chauffage est composé d’une « chaudière munie d’un brûleur à l’huile chaude [...] et une pompe [qui] fait circuler ce mélange dans un réseau fermé de radiateurs dans les pièces de la maison pour ensuite revenir à la chaudière. » De plus, « chaque radiateur (ou groupe de radiateurs) peut être contrôlé par une valve et un thermostat pour maintenir la température désirée dans une zone déterminée. En d’autres mots, chaque zone de chauffage peut être contrôlée par un thermostat qui actionne des valves près des radiateurs pour chauffer cette zone. » (1) Selon cette description, il serait donc possible de contrôler le chauffage des différentes pièces de la maison séparément, tout dépendant des besoins.

La centrale d’Hydro-Québec de Kuujjuaq produit de l’électricité par génératrice, alimentée au diésel. Par année, la centrale utilise 5,5 millions de litres de diésel pour satisfaire les besoins en électricité de la ville, ce qui exclue le chauffage électrique d’appoint. En effet, Hydro-Québec a établi, pour ses réseaux autonomes situés au nord du 53e parallèle, un tarif résidentiel dissuasif de 34,60 cents/kWh, soit un prix élevé pour l’énergie consommée au-delà de 30 kWh/jour. La société d’État souhaitait d’ailleurs augmenter, pour l’année tarifaire 2016-2017, ce tarif « pour le faire passer de 34,60 ¢ à 38,08 ¢ le kWh, alors que pour le reste du Québec il [proposait] de hausser le tarif en 2e tranche de 1,9 %, lequel passerait de 8,60 ¢ à 8,76 ¢ le kWh. » (2)

Références

  1. http://www.habitation.gouv.qc.ca/fileadmin/internet/publications/0000024197.pdf Société d’habitation du Québec, consulté le 27/03/2018

  2. http://publicsde.regie-energie.qc.ca/projets/317/DocPrj/R-3933-2015-D-0002-Observ-Doc-2015_11_05.pdf Société Makivik, Établissement des tarifs d’électricité pour 2016-2017, observations Dossier R-3933-2015, consulté le 11/04/2018

  3. http://www.rncreq.org/images/UserFiles/files/2015_Regie_Energie_R-3933_Rapport_P_Raphals.pdf Commentaires sur le dossier tarifaire 2016-17 d’Hydro-Québec Distribution, Rapport de Philip Raphals, consulté le 11/04/2018

  4. http://www.ete.inrs.ca/ete/recherche/chaire-de-recherche-sur-le-potentiel-geothermique-du-nord INRS, Chaire de recherche sur le potentiel géothermique du Nord, consulté le 11/04/2018

Bien que ce tarif serve surtout à décourager l’usage de chauffage électrique d’appoint au profit du chauffage au mazout, un rapport de la firme Opinion Impact démontre plutôt que les fortes demandes en électricité seraient dues « à la présence de chaufferettes dans des remises, plutôt que dans des maisons. Cette distinction est importante parce que, quoique les maisons aient toutes des systèmes de chauffage au mazout, les remises n’en ont vraisemblablement pas. Selon l’étude, l’utilisation des remises est en grande partie associée avec des activités économiques ou traditionnelles.» (3)

 

Selon la Chaire de recherche sur le potentiel géothermique du Nord, le potentiel des ressources géothermiques du Nord « représente une alternative pour diversifier les apports énergétiques et diminuer les émissions de gaz à effet de serre. » En effet, leurs recherches visent à « évaluer des stratégies pour diminuer la consommation d’hydrocarbures et augmenter la performance des systèmes géothermiques en milieu nordique pour en diminuer les coûts et donner ainsi accès à une énergie propre. » (4) Kuujjuaq figure notamment parmi les villages autochtones visés par ce projet de recherche.